dimanche 28 février 2010

Phang Nga

Après quelques jours de flemme indescriptible avec des parcours bien ciblés et très minimalistes (chambre, petit-déjeuner, chaise-longue, baignade, chaise-longue, repas du soir, balade minimaliste, lecture, dodo), nous voici prêts à partir à la découverte. Nous optons pour une journée à Phang Nga avec un "speed-boat".




Un bateau "long tail" serait plus romantique, mais nous en aurions pour des heures et nous préférons avoir le temps d'une baignade dans un lagon et d'un parcours en canoë dans les grottes. En un peu plus d'une demi-heure, nous atteignons Phang Nga, au nord-est de l'île de Phuket. C'est une région d'îlots karstiques qui font penser à la Baie d'Halong: un paysage magique...

Nous accostons, le temps d'un rafraîchissement et d'une baignade avec masque et tuba (enfin...pour moi car Alain déteste mettre la tête sous l'eau depuis que, la dernière fois qu'il a fait une tentative, il a tourné la tête avec le tuba dans la bouche pour essayer de me parler et a bu la tasse...): la faune sous-marine n'est pas extraordinaire puisque ce ne sont pas des fonds coralliens mais sableux: quelques poissons rayés de jaune et de noir et une autre espèce très joliment colorée de dégradés de rose et de bleu ainsi que 2-3 concombre de mer (j'espère que c'était ça, je ne connais rien d'autre qui ne bouge pas et ressemble à une grosse crotte... à part une grosse crotte!).

Nous reprenons le bateau qui fonce plein tube à travers les vagues pour rejoindre un village musulman (si le nord du pays est essentiellement bouddhiste, on trouve de nombreux musulmans dans le sud) construit sur pilotis. Alain, qui l'a déjà vu, m'explique que c'est un endroit peu touché par le tourisme de masse, où l'on voit vivre les habitants et où l'on trouve un ou deux restaurants improvisés où cuisinent les femmes du village. Quel choc! Une trentaine de bateaux ont déposé des centaines de touristes (dont nous), les village consiste en une dizaine de grands bâtiments sur pilotis, chacun avec un immense restaurant où on sert à la chaîne des "spécialités": deux poissons grillés trop secs, du riz trop cuit et des légumes à l'aigre-doux, quelques tranches de tomates et de concombre fadasses... Sans oublier les stands de souvenirs made in China...


Mais cela ne suffit pas à nous mettre de mauvaise humeur: après tout, nous faisons aussi partir des touristes et savons bien qu'à moins d'avoir beaucoup de temps et de prendre les transports publics, nous n'allions pas découvrir d'endroits vraiment authentiques puisque le sur du pays vit essentiellement du tourisme. Mais peut-être aurait-il mieux valu préserver ce village en limitant le nombre de personnes autorisées à s'y rendre chaque jour... Mais c'est toujours la même chanson: le facteur financier prime et là, nul doute que les affaires sont rentables!

J'ai faim... je vous raconte la suite demain, ok? Alain vient de rentrer du village où on lui a proposé un "secret massage"... Lorsque nous nous sommes promenés là-bas il y a quelques jours, nous avions vu trois Européens sortir du lieu, une main faisant des signes d'adieu et l'autre occupée à finir de reboutonner leur pantalon...




















mardi 23 février 2010

Grosse paresse!

Nous avions décidé de passer les premiers jours à flemmer...c'est réussi! Quand on bosse, les journées passent vite, quand on ne fait rien à part se baigner, manger, lire, se balader sur la plage et dormir, jouer aux échecs sous le parasol, le temps passe encore plus vite...

Nous avons tout de même fait une incursion au village le plus proche pour aller manger dans un restaurant plus authentiquement thaï. 2 km à pied le long d'une jolie route ombragée sans trop de circulation...aaah, puisque je parle de circulation: on conduit à gauche, comme dans tous les pays qui ont été occupés par les Anglais. Il faut donc veiller à regarder d'abord à droite avant de traverser, et plutôt deux fois qu'une. Les Thaïs conduisent comme des dingues, foncent à toute vitesse, zigzaguent entre les nids de poule, dépassent les camions en plein virage et ne tiennent aucun compte des piétons. Si les musulmans ont une philosophie un peu similaire qu'on peut résumer à Inch'Allah, ici c'est le karma qu'on invoque. Nous avons d'emblée renoncé à louer une voiture ou un scooter, qui certes nous permettraient d'être plus mobiles et plus indépendants: la police a tôt fait de repérer les touristes et on peut être quasi sûr de se faire extorquer de l'argent sous prétexte d'une infraction fictive. Comme dans tous les pays où les fonctionnaires sont mal payés, ils arrondissent ainsi leurs revenus. Il vaut donc mieux prendre un taxi ou un bus. Les Occidentaux qui vivent ici à demeure ont leur propre chauffeur ou connaissent le système et s'arrangent pour connaître le chef de la police locale: un petit cadeau de temps en temps permet d'huiler les rouages et de ne pas avoir d'ennuis.

Le village est essentiellement constitué de commerces et de restaurants puisqu'il y a 5 grands complexes hôteliers à proximité. Les prix sont plus modérés qu'à l'hôtel mais restent élevés puisque la clientèle est essentiellement touristique. Nous mangeons au restaurant Chaba où je choisis une soupe tom kha goong (noix de coco, citronnelle, ciboule, crevettes) - une spécialité que je connais et qui ne comporte pas de piment - et Alain des nouilles au poulet et légumes qui lui emportent la bouche bien qu'il aie spécifié "not spicy"...

En nous promenant, nous rencontrons Kevin, un grand Irlandais d'une cinquantaine d'années qui vit ici et travaille comme organisateurs d'excursions dans un hôtel des environs. Il nous explique que Phuket est actuellement, grâce au tourisme, la région la plus prospère de la Thaïlande mais que la population y est moins chaleureuse qu'ailleurs et que si, partout dans le pays, les touristes sont des vaches à lait, c'est encore pire ici. Il faut diviser les prix qu'on nous indique par 3 et pas par 2 pour avoir un prix convenable et convenir avec précision du tarif avec les taxis avant de s'y installer. Ils n'ont pas de compteur et tenter de négocier une fois en route est dangereux car, nous dit Kevin, "ils sont capables de sortir une arme pour 50 bahts". Mais c'est déjà pour nous un point acquis, car il en est ainsi dans tous les pays à bas revenu par rapport au nôtre et nous avons la chance d'avoir une bonne expérience des voyages et de savoir que la gentillesse et la serviabilité ne sont jamais gratuites. Beaucoup de naïfs ne se demandent pas pour quoi un autochtone éprouve soudain une forte sympathie pour eux et s'offre pour leur montrer des sites particuliers auxquels ils seraient quasi les seuls à accéder ou des boutiques "very good price"... Nous partons du principe que, de toute façon, nous serons toujours considérés comme étant riches du simple fait que nous avons pu payer un billet d'avion pour venir et que, par conséquent, nous payerons partout plus que ce que paie un autochtone, même en marchandant. Ainsi, nous gardons le sourire...Arnaquez-nous, d'accord, mais jusqu'à une certaine limite...

lundi 22 février 2010

Le voyage

Dimanche, 2 heures du matin
Je vous écris en pleine nuit...impossible de trouver le sommeil. Il y a le décalage bien sûr, la fatigue après cet interminable voyage, mais les insomnies dévoilent des mondes qui, la journée, sont engloutis par l'agitation de l'activité humaine. J'aime infiniment l'atmosphère paisible de la nuit, le silence des humains, l'intensité soudaine des bruits de la nature...Un bec d'oiseau qui crépite contre un tronc creux pour y dénicher des vers, le souffle de la brise tiède et légère, le grattement d'un rat de cocotier et, à l'instant, l'étrange chant d'un oiseau inconnu, qui évoque à la fois le croassement d'un batracien et le gloussement d'un dindon, en compétition avec les frottements des élytres de centaines de grillons. Et puis la lune qui fait sa coquette, disparaissant derrière un nuage pour ensuite réapparaître et se la jouer diva de l'océan en se mirant dans son reflet argenté que berce la marée.

Ce calme apaisant estompe le stress et la fatigue. Car bénéficier de tarifs réservés aux agents de voyage signifie rarement parcourir le trajet le plus court puisque nous achetons les places ou les séjours invendus qu'il vaut mieux brader que ne pas vendre du tout. Ainsi, nous prenions notre avion à Francfort, où nous nous sommes rendus par le train, y arrivant en début d'après-midi. On se demande pourquoi la capitale allemande du commerce et de la finance n'attire pas davantage de personnes à la recherche d'un weekend culturel. La ville est magnifique, avec un centre à l'architecture fascinante et audacieuse: gratte-ciels aux pans décalés, constructions de béton et de verre en triangle avec ici ou là un arrondi de vitres bleues, de la légèreté, de la créativité de la transparence et soudain, une façade ancienne restaurée, avec frontons et volutes. Une juxtaposition d'époques et de styles qui pourrait donner au visiteur une impression de fouillis urbanistique et qui poutant dégage une plaisante harmonie.

Le centre-ville est calme puisque les voitures le traversent par un tunnel et donc que les piétons y sont rois. Il fait un peu froid pour s'asseoir sur un banc, mais après un chocolat chaud au Kauftor, un immense centre commercial, nôus montons au dernier étage où, de la terasse, on a un panorama époustouflant de toute la ville. Nous prenons le temps de bavarder avec un immigré marocain qui est venu il y a 14 ans rejoindre sa cousine qui avait monté un commerce prospère et avait besoin d'aide. Puis la cousine est repartie pour s'installer en Espagne. Il est resté, ayant trouvé un poste dans l'hôtellerie. Il nous dit l'angoisse permanente, en ces temps de crise, de perdre son emploi, le petit salaire qui permet juste de subsister et a depuis longtemps coupé le cou des rêves de monter une affaire ou simplement de faire quelques économies. Beaucoup de chômage, avec des prestations au compte-goutte. Nous avons des amis à Mannheim: Herbert, ingénieur nucléaire,attend une confirmation pour un poste de quelques mois en Hollande car il y a trop d'ingénieurs en Allemagne et il n'y trouve plus que des remplacements au pied levé de quelques semaines, mal payés et qui le maintiennent dans l'angoisse du lendemain. Helga, sa femme, est secrétaire d'une des sommités mondiales en matière de chirurgie orthopédique. Elle travaille à plein temps et son salaire se monte à quelque 1600 euros...Cette situation provoque une migration inattendue: de nombreux Allemands cherchent du travail en Suisse et en trouvent puisqu'ils sont habitués à des salaires plus bas que les nôtres et constituent donc de bonnes affaires pour les employeurs helvétiques. Mais la situation se tend, les Suisses alémaniques reprochant à leurs ex-voisins désormais concurrent de provoquer un dumping salarial, d'être arrogants et... d'obliger les conducteurs de trams à annoncer les arrêts en Hochdeutsch...

Après une nuit à Francfort, nous embarquons pour 6 heures de vol vers Dubaï, avec 3 heures d'attente pour la correspondance sur Bangkok. Comme nous avons pu obtenir un tarif très avantageux, nous nous sommes offerts la classe business: pas de genoux coincés dans l'espace exigu entre 2 rangées, mais des sièges qui s'inclinent pour devenir quasi des lits, une petite coupe de champagne pour patienter jusqu'au décollage, un menu à choix présenté dans de vraies assiettes, on apprécie comme des gamins! Enfin...Alain n'apprécie pas très longtemps car il s'endort dès qu'il a englouti son repas pendant que j'ai le temps de regarder 3 films! A Dubaï, nous sommes dirigés sur le salon réservée aux voyageurs business: buffet salé et sucré, boissons à discrétion, connexion internet et même douche...

Nous voilà repartis pour le deuxième vol de 6 heures, de Dubaï à Bangkok, et enfin le dernier vol de bangkok à Phuket. Il fait 34 degrés,le choc est rude, on a l'impression de se trouver propulsés dans un sèche-cheveux et nos vêtements, déjà plus très frais, pendouillent lamentablement, immédiatement imprégnés de l'humidité ambiante et de notre sueur puisque nous sommes encore habillés pour l'hiver. Le taxi nous demande 950 bahts pour nous emmener à l'hôtel mais... hé hé j'ai mes infos! Nous refusons et faisons mine de repartir. Du coup le tarif diminue miraculeusement de moitié...En Thaïlande, il y a 3 consignes à respecter pour nepas (trop) se faire pigeonner: négocier, négocier, négocier! Et dans ce domaine, Alain est un maître...

vendredi 12 février 2010

Ouh là là

Samedi,1 h 33 du matin. Je ne dors pas. Je sirote un petit verre de liqueur de kumquat ramenée de Corfou, on dirait du sirop de fleur d'oranger, l'alcool en plus.J'adore ça. Je l'économise, pas plus d'un petit verre par semaine, on ne trouve pas cette liqueur sublime ici. Nous en avons acheté 2 bouteilles à l'escale de Corfou lors de notre croisière de juin dernier et je viens d'entamer le second flacon. Alors, si vous allez un jour là-bas...

Je viens de saisir "Thaïlande" dans un moteur de recherche. Un site, un peu perdu parmi les offres de vacances "all inclusive" et d'hôtels à prix cassés attire mon attention: Thaïlande-guide.com. Sur la droite de la page d'accueil, une rubrique "new" qui me fait presque regretter notre choix:
Un avion effectue un atterrissage forcé 13-01-2010

Thai Airways fait un lifting dans son personnel 13-01-2010

Un Iranien arreté avec 4,2 kg de crystal meth 13-01-2010

Deux morts dans des attentats dans le sud 13-01-2010

Libération du Belge inculpé d’assassinat à Pattaya 05-01-2010

Un chauffeur de tuk tuk agresse une famille 01-01-2010

Un avion de chasse s'écrase 26-12-2009

La Thailande expulse des milliers de hmongs 26-12-2009

10 ans de prison pour un suisse

25400 comprimés de méthamphétamine saisis 26-12-2009

L'appât du gain les perd ! 26-12-2009

Alerte aux méduses tueuses au sud du pays 26-12-2009

Des armes nord-coréennes destinées à l'Iran 25-12-2009

Ouh là là, pas rassurant, n'est-ce pas? Mais imaginons qu'un site internet sur la Suisse ne mentionne dans les dernières nouvelles qu'une bagarre au couteau entre toxicomanes à la place Bel-Air,le meurtre de la conseillère municipale de Vaux-sur-Morges,le nombre de suicides en janvier, les gamins morts dans une avalanche en faisant du hors piste, le vol de données bancaires et l'alcoolisme notoire de certains politiciens...Choisiriez-vous d'aller y passer des vacances? Il serait intéressant de creuser pour savoir qui alimente ce site sur la Thaïlande et pourquoi, parmi les centaines de faits qui se déroulent chaque semaine,on a choisi ceux-là.

Je creuse un peu: le Suisse a écopé de 10 ans de prison pour avoir aspergé de peinture un portait du roi. Eh oui, en Thaïlande, le roi est sacré et tout propos ou geste hostile constitue un crime de lèse-majesté pouvant être sanctionné par de la prison (jusqu'à 75 ans dans les geôles Thaïs). Le chauffeur de touk-touk a donné un coup de manche de parasol à des clients français (je mets ma main à couper que le conflit est lié au prix de la course). Quant au trafic de métamphétamine et autres drogues, c'est fou le nombre d'imbéciles qui persistent, malgré les avertissements clairs (déjà à l'aéroport de Bangkok)sur la sévérité de la justice thaï à cet égard, qui pensent être plus futés que la police ou les douaniers. Et beaucoup ont une explication: ils sont de pauvres victimes,quelqu'un a mis la drogue dans leurs bagages à leur insu. Ah oui? Et s'ils ne savent ni ton nom ni ta destination, comment cette personne va-t-elle récupérer sa marchandise à l'arrivée, hein? J'ai pas mal voyagé dans des pays peu sûrs en Afrique, en Amérique du Sud, en Asie, mais personne ne m'a jamais confié de paquet à remettre à son cousin de Zurich ni glissé un "cadeau empoisonné" dans ma valise.

Bon, donc on ne va pas se laisser impressionner, sauf par les méduses. Là, il vaudra mieux demander aux autochtones avant de mettre un orteil dans la mer, car il suffit d'être frôlé par une tentacule (elles mesurent plus d'1 mètre et sont quasi invisibles) et on a 10 minutes pour dicter ses dernières volontés!

mercredi 10 février 2010

Préparatifs

Une manière originale de choisir sa destination

Ou comment le projet d'une semaine aux Canaries s'est métamorphosé en 3 semaines en Asie... Car en effet, notre intention était simplement de faire un petit break après plusieurs mois de travail acharné, en voyant s'approcher dangereusement le momentoù nos neurones allaient imploser! Pour bénéficier des tarifs avantageux accordés aux agences de voyage, il faut se plier aux disponibilité tant pour les vols que pour le séjour. Or, aux Canaries, le seul hôtel qui nous convenait avait déjà son contingent d'agents de voyage. Il nous restait peu de choix si nous voulions éviter à la fois les régions froides et pluvieuses de l'archipel en février et les quelques endroits que l'on pourrait appeler "Little Germany", peuplé selon les saisons de jeunes fêtards qui descendent des litres de bière, ou de retraités également buveurs de bière, quasi tous ayant cependant un autre point commun: leur méconnaissance totale du moindre mot en espagnol à part "holà" et "cerveza por favor" Caricatural? Certes, mais allez-y, vous verrez que je suis plutôt dans le vrai...
Bon, nous explorons d'autres possibilités et, de fil en aiguille, nous voilà en train d'organiser 3 semaines en Thaïlande, destination vers laquelle nous décollons le 19 février. Mais rien n'est simple car notre avion décolle de Francfort! Donc départ le 18 en train et nuitée à Francfort afin qu'une chute de neige massive et subite ne nous bloque pas au milieu de nulle part et nous fasse manquer l'avion. Quoi que...philosophe, mes expériences m'ont démontré qu'un train ou un avion loupé peuvent déboucher sur des aventures passionnantes même si elles peuvent s'avérer contrariantes!
En ce moment, je concocte comme toujours ma mindmap (carte heuritstique) afin de ne rien oublier, à savoir, en vrac: vermifuger le chien, vérifier nos vaccins, contrôler la validité de nos passeport et l'approvisionnement de notre carte bancaire, surfer sur le forums de voyage pour glâner des infos pratiques sur le prix des taxis, les activités à faire ou à éviter, les arnaques, les risques alimentaires, prévoir 3 semaines de boîtes pour 2 chats, prévenir tous les clients, faire une liste des bagages indispensables etc., etc.

Nous passerons d'abord 10 jours à Phuket, sur la côte ouest de l'île (sur de la Thaïlande), dans un hôtel éloigné de Patong Beach ou Phuket ville (où nous ferons une incursion quand même, sûrs d'y trouver moins glauque que les bars à hôtesses et les rabatteurs de tous poils. Puis nous passerons 3 jours à Bangkok en esérant y retrouver Gaby, une de mes amies d'école d'infirmières, installée en Thaïlande depuis plus de 15 ans avec son mari Ian et leurs 5 adolescents.

Je connais un peu Bangkok pour y avoir été, 12 jours durant, la traductrice anglais-français d'un homme d'affaire dont l'assistante habituelle était indisponible pour cause de chagrin d'amour... Il est vrai que se faire comprendre par les Thaïs dans un anglais déformé par une muqueuse nasale fortement congestionnée, entre deux accès de sanglots, n'est pas une sinécure. Je me suis donc embarquée dans l'aventure sans trop hésiter. Un voyage tous frais payés à Bangkok, à une époque où mon budget me permettait tout au plus une petite pension en Italie, c'était alléchant, et j'ai toujours aimé les expériences inédites; je craignais d'ailleurs davantage quelque embrouille avec l'homme d'affaire que j'allais côtoyer 18 heures par jour que les dangers de cette ville tentaculaire.

Pendant 10 jours, nous sommes donc partis à l'aube, le plus souvent en taxi-moto - les seuls capables de se faufiler dans l'infernal trafic de la métropole - les seuls aussi à vous faire serrer les fesses et rentrer la tête dans les épaules toutes les 10 secondes dans l'attente de l'inévitable collision avec un bus ou un 4 x 4 capable de vous transformer en crêpe en une fraction de seconde.Ils zigzaguent, passent au rouge et se faufilent entre les autobus et les voitures en vous hurlant "watchioniz, watchioniz!" (Watch your knees = attention les genoux)
Où allions-nous donc, si pressés? Aux marchés de vêtements en gros,des entrepôts démesurés, divisés en milliers d'échoppes minuscules vendant toutes à peu près les mêmes articles; il s'agit d'en faire le tour, de repérer les modèles et les qualités qui conviennent à l'Europe, puis de négocier férocement. C'est là que j'intervenais pour traduire les arguments des uns et des autres et tenter de faire baisser les prix: jeans, T-shirt Tintin (très tendance à l'époque), chemises en soie, vêtements pour enfants, les accords étaient passés, le délai de livraison fixé (de quelques heures à 2 jours). Puis, au jour dit nous partions chercher les commandes: des dizaines de ballots de 30 kg de vêtements à transporter jusqu'au bureau du transitaire en douane. L'homme d'affaires n'était pas encore suffisamment fortuné pour faire remplir des containers et, pour avoir le meilleur rapport acheminement/prix, il fallait que nos colis ne dépassent pas les 30 kg. Nous pesions donc et emballions les articles,sous le regard étonnné et quelque peu méprisant de Russes qui envoyaient dans leur pays 20 ou 30 containers pleins à ras bord.

C'est en tout-touk, ces petites voiturettes à trois roues, que nous effectuions les transports. Caser ces fichus ballots n'était pas une mince affaire: pour caser 30 kg de vêtements entassés dans des sacs en plastique sur un touk-touk,il y a deux options: ou vous êtes assis dessus de manière lutôt instable et vous risquez à tout moment de chuter au milieu du trafic, ou vous êtes dessous, cherchant désespérément à échapper à l'asphyxie en happant quelques goulées d'air qui n'y changeaient pas grand chose quand on connaît le taux de monoxyde de carbone au centre-ville... Comptez 10 à 15 de ces délicieuses balades par jour, en pleine période de mousson (38 degrés et 98% d'humidité) et vous comprendrez que, si je connais si mal Bangkok by night, c'est qu'à l'heure où les gens sortent pour profiter de la fraîcheur de la nuit, je dormais...

Les 3 derniers jours devaient être paradisiaques: nous avions bien travaillé et mon "patron" m'offrait 2 nuitées sur la petite île de Ko Samet, située à 2 h de bus et 1 heure de bateau de Bangkok. De petits bungalows, simples mais proprets, une plage sublime et quasi déserte, un village de pêcheurs, un unique petit restaurant local, j'étais aux anges! Je me suis jetée dans l'eau turquoise (29 degrés, donc fraîche après les 38 degrés à Bangkok...), me suis roulée dans les vagues puis ai savouré une spécialité thaïe dont les piments vous décapent d'un coup toute la tuyauterie. Pas de risque de tourista, les bactéries sont carrément napalmisées (et l'anus de même).

Mon séjour s'est transformé en enfer quand j'ai réalisé qu'un grain, un tout petit grain de sable s'était incrusté contre mon tympan, décidant de m'infliger une otite de derrière les fagots. J'avais une pharmacie de voyage: désinfectant, anti-diarrhéique, pommade contre les coups de soleil, anti-inflammatoires, effervescents contre les refroidissements, mais rien contre les infections auriculaires. Et si le seul petit magasin de l'île vendait quelques poissons, du piment bien sûr, de la bière Singha, du manioc, de la coriandre, du riz, pas le moindre médicament en vue à part quelque feuilles séchées d'une plante locale à consommer en décoction pour faire baisser la fièvreas.

La douleur intenable et le désespoir stimulent l'imagination: j'ai élaboré mon propre traitement: 4 comprimés d'anti-inflammatoire alliés à 3 décis de whisky Mékong (apparemment un mélange de pétrole et de soude caustique). Posologie: 2 comprimés avec le 1er décis, puis 1 comprimé par déci à siroter tranquillement pendant que le plus gros de la douleur s'atténue déjà légèrement et que je parvienne à nouveau à articuler 3 phrases au lieu de grogner comme un ours mal luné. Je n'articulais toutefois pas longtemps vu l'effet quasi atomique du whisky Mékong. La dernire goutte déglutie, je tentais de me souvenir de l'emplacement de mon bungalow, que je regagnais à 4 pattes le long de la plage en espérant ne pas être emporté par une vague un peu coquine. Puis je sombrais jusqu'à l'aube dans une semi coma où je percevais vaguement le grattement des rats de cocotier en train de s'attaquer à ma réserve de slips (ils adorent le pur coton pour leur nid, le saviez-vous) en me disant que l'absence (ou presque) de douleur pendant ces quelques heures valait bien la gueule de bois du lendemain...