Dimanche, 2 heures du matin
Je vous écris en pleine nuit...impossible de trouver le sommeil. Il y a le décalage bien sûr, la fatigue après cet interminable voyage, mais les insomnies dévoilent des mondes qui, la journée, sont engloutis par l'agitation de l'activité humaine. J'aime infiniment l'atmosphère paisible de la nuit, le silence des humains, l'intensité soudaine des bruits de la nature...Un bec d'oiseau qui crépite contre un tronc creux pour y dénicher des vers, le souffle de la brise tiède et légère, le grattement d'un rat de cocotier et, à l'instant, l'étrange chant d'un oiseau inconnu, qui évoque à la fois le croassement d'un batracien et le gloussement d'un dindon, en compétition avec les frottements des élytres de centaines de grillons. Et puis la lune qui fait sa coquette, disparaissant derrière un nuage pour ensuite réapparaître et se la jouer diva de l'océan en se mirant dans son reflet argenté que berce la marée.
Ce calme apaisant estompe le stress et la fatigue. Car bénéficier de tarifs réservés aux agents de voyage signifie rarement parcourir le trajet le plus court puisque nous achetons les places ou les séjours invendus qu'il vaut mieux brader que ne pas vendre du tout. Ainsi, nous prenions notre avion à Francfort, où nous nous sommes rendus par le train, y arrivant en début d'après-midi. On se demande pourquoi la capitale allemande du commerce et de la finance n'attire pas davantage de personnes à la recherche d'un weekend culturel. La ville est magnifique, avec un centre à l'architecture fascinante et audacieuse: gratte-ciels aux pans décalés, constructions de béton et de verre en triangle avec ici ou là un arrondi de vitres bleues, de la légèreté, de la créativité de la transparence et soudain, une façade ancienne restaurée, avec frontons et volutes. Une juxtaposition d'époques et de styles qui pourrait donner au visiteur une impression de fouillis urbanistique et qui poutant dégage une plaisante harmonie.
Le centre-ville est calme puisque les voitures le traversent par un tunnel et donc que les piétons y sont rois. Il fait un peu froid pour s'asseoir sur un banc, mais après un chocolat chaud au Kauftor, un immense centre commercial, nôus montons au dernier étage où, de la terasse, on a un panorama époustouflant de toute la ville. Nous prenons le temps de bavarder avec un immigré marocain qui est venu il y a 14 ans rejoindre sa cousine qui avait monté un commerce prospère et avait besoin d'aide. Puis la cousine est repartie pour s'installer en Espagne. Il est resté, ayant trouvé un poste dans l'hôtellerie. Il nous dit l'angoisse permanente, en ces temps de crise, de perdre son emploi, le petit salaire qui permet juste de subsister et a depuis longtemps coupé le cou des rêves de monter une affaire ou simplement de faire quelques économies. Beaucoup de chômage, avec des prestations au compte-goutte. Nous avons des amis à Mannheim: Herbert, ingénieur nucléaire,attend une confirmation pour un poste de quelques mois en Hollande car il y a trop d'ingénieurs en Allemagne et il n'y trouve plus que des remplacements au pied levé de quelques semaines, mal payés et qui le maintiennent dans l'angoisse du lendemain. Helga, sa femme, est secrétaire d'une des sommités mondiales en matière de chirurgie orthopédique. Elle travaille à plein temps et son salaire se monte à quelque 1600 euros...Cette situation provoque une migration inattendue: de nombreux Allemands cherchent du travail en Suisse et en trouvent puisqu'ils sont habitués à des salaires plus bas que les nôtres et constituent donc de bonnes affaires pour les employeurs helvétiques. Mais la situation se tend, les Suisses alémaniques reprochant à leurs ex-voisins désormais concurrent de provoquer un dumping salarial, d'être arrogants et... d'obliger les conducteurs de trams à annoncer les arrêts en Hochdeutsch...
Après une nuit à Francfort, nous embarquons pour 6 heures de vol vers Dubaï, avec 3 heures d'attente pour la correspondance sur Bangkok. Comme nous avons pu obtenir un tarif très avantageux, nous nous sommes offerts la classe business: pas de genoux coincés dans l'espace exigu entre 2 rangées, mais des sièges qui s'inclinent pour devenir quasi des lits, une petite coupe de champagne pour patienter jusqu'au décollage, un menu à choix présenté dans de vraies assiettes, on apprécie comme des gamins! Enfin...Alain n'apprécie pas très longtemps car il s'endort dès qu'il a englouti son repas pendant que j'ai le temps de regarder 3 films! A Dubaï, nous sommes dirigés sur le salon réservée aux voyageurs business: buffet salé et sucré, boissons à discrétion, connexion internet et même douche...
Nous voilà repartis pour le deuxième vol de 6 heures, de Dubaï à Bangkok, et enfin le dernier vol de bangkok à Phuket. Il fait 34 degrés,le choc est rude, on a l'impression de se trouver propulsés dans un sèche-cheveux et nos vêtements, déjà plus très frais, pendouillent lamentablement, immédiatement imprégnés de l'humidité ambiante et de notre sueur puisque nous sommes encore habillés pour l'hiver. Le taxi nous demande 950 bahts pour nous emmener à l'hôtel mais... hé hé j'ai mes infos! Nous refusons et faisons mine de repartir. Du coup le tarif diminue miraculeusement de moitié...En Thaïlande, il y a 3 consignes à respecter pour nepas (trop) se faire pigeonner: négocier, négocier, négocier! Et dans ce domaine, Alain est un maître...
lundi 22 février 2010
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