Une manière originale de choisir sa destination
Ou comment le projet d'une semaine aux Canaries s'est métamorphosé en 3 semaines en Asie... Car en effet, notre intention était simplement de faire un petit break après plusieurs mois de travail acharné, en voyant s'approcher dangereusement le momentoù nos neurones allaient imploser! Pour bénéficier des tarifs avantageux accordés aux agences de voyage, il faut se plier aux disponibilité tant pour les vols que pour le séjour. Or, aux Canaries, le seul hôtel qui nous convenait avait déjà son contingent d'agents de voyage. Il nous restait peu de choix si nous voulions éviter à la fois les régions froides et pluvieuses de l'archipel en février et les quelques endroits que l'on pourrait appeler "Little Germany", peuplé selon les saisons de jeunes fêtards qui descendent des litres de bière, ou de retraités également buveurs de bière, quasi tous ayant cependant un autre point commun: leur méconnaissance totale du moindre mot en espagnol à part "holà" et "cerveza por favor" Caricatural? Certes, mais allez-y, vous verrez que je suis plutôt dans le vrai...
Bon, nous explorons d'autres possibilités et, de fil en aiguille, nous voilà en train d'organiser 3 semaines en Thaïlande, destination vers laquelle nous décollons le 19 février. Mais rien n'est simple car notre avion décolle de Francfort! Donc départ le 18 en train et nuitée à Francfort afin qu'une chute de neige massive et subite ne nous bloque pas au milieu de nulle part et nous fasse manquer l'avion. Quoi que...philosophe, mes expériences m'ont démontré qu'un train ou un avion loupé peuvent déboucher sur des aventures passionnantes même si elles peuvent s'avérer contrariantes!
En ce moment, je concocte comme toujours ma mindmap (carte heuritstique) afin de ne rien oublier, à savoir, en vrac: vermifuger le chien, vérifier nos vaccins, contrôler la validité de nos passeport et l'approvisionnement de notre carte bancaire, surfer sur le forums de voyage pour glâner des infos pratiques sur le prix des taxis, les activités à faire ou à éviter, les arnaques, les risques alimentaires, prévoir 3 semaines de boîtes pour 2 chats, prévenir tous les clients, faire une liste des bagages indispensables etc., etc.
Nous passerons d'abord 10 jours à Phuket, sur la côte ouest de l'île (sur de la Thaïlande), dans un hôtel éloigné de Patong Beach ou Phuket ville (où nous ferons une incursion quand même, sûrs d'y trouver moins glauque que les bars à hôtesses et les rabatteurs de tous poils. Puis nous passerons 3 jours à Bangkok en esérant y retrouver Gaby, une de mes amies d'école d'infirmières, installée en Thaïlande depuis plus de 15 ans avec son mari Ian et leurs 5 adolescents.
Je connais un peu Bangkok pour y avoir été, 12 jours durant, la traductrice anglais-français d'un homme d'affaire dont l'assistante habituelle était indisponible pour cause de chagrin d'amour... Il est vrai que se faire comprendre par les Thaïs dans un anglais déformé par une muqueuse nasale fortement congestionnée, entre deux accès de sanglots, n'est pas une sinécure. Je me suis donc embarquée dans l'aventure sans trop hésiter. Un voyage tous frais payés à Bangkok, à une époque où mon budget me permettait tout au plus une petite pension en Italie, c'était alléchant, et j'ai toujours aimé les expériences inédites; je craignais d'ailleurs davantage quelque embrouille avec l'homme d'affaire que j'allais côtoyer 18 heures par jour que les dangers de cette ville tentaculaire.
Pendant 10 jours, nous sommes donc partis à l'aube, le plus souvent en taxi-moto - les seuls capables de se faufiler dans l'infernal trafic de la métropole - les seuls aussi à vous faire serrer les fesses et rentrer la tête dans les épaules toutes les 10 secondes dans l'attente de l'inévitable collision avec un bus ou un 4 x 4 capable de vous transformer en crêpe en une fraction de seconde.Ils zigzaguent, passent au rouge et se faufilent entre les autobus et les voitures en vous hurlant "watchioniz, watchioniz!" (Watch your knees = attention les genoux)
Où allions-nous donc, si pressés? Aux marchés de vêtements en gros,des entrepôts démesurés, divisés en milliers d'échoppes minuscules vendant toutes à peu près les mêmes articles; il s'agit d'en faire le tour, de repérer les modèles et les qualités qui conviennent à l'Europe, puis de négocier férocement. C'est là que j'intervenais pour traduire les arguments des uns et des autres et tenter de faire baisser les prix: jeans, T-shirt Tintin (très tendance à l'époque), chemises en soie, vêtements pour enfants, les accords étaient passés, le délai de livraison fixé (de quelques heures à 2 jours). Puis, au jour dit nous partions chercher les commandes: des dizaines de ballots de 30 kg de vêtements à transporter jusqu'au bureau du transitaire en douane. L'homme d'affaires n'était pas encore suffisamment fortuné pour faire remplir des containers et, pour avoir le meilleur rapport acheminement/prix, il fallait que nos colis ne dépassent pas les 30 kg. Nous pesions donc et emballions les articles,sous le regard étonnné et quelque peu méprisant de Russes qui envoyaient dans leur pays 20 ou 30 containers pleins à ras bord.
C'est en tout-touk, ces petites voiturettes à trois roues, que nous effectuions les transports. Caser ces fichus ballots n'était pas une mince affaire: pour caser 30 kg de vêtements entassés dans des sacs en plastique sur un touk-touk,il y a deux options: ou vous êtes assis dessus de manière lutôt instable et vous risquez à tout moment de chuter au milieu du trafic, ou vous êtes dessous, cherchant désespérément à échapper à l'asphyxie en happant quelques goulées d'air qui n'y changeaient pas grand chose quand on connaît le taux de monoxyde de carbone au centre-ville... Comptez 10 à 15 de ces délicieuses balades par jour, en pleine période de mousson (38 degrés et 98% d'humidité) et vous comprendrez que, si je connais si mal Bangkok by night, c'est qu'à l'heure où les gens sortent pour profiter de la fraîcheur de la nuit, je dormais...
Les 3 derniers jours devaient être paradisiaques: nous avions bien travaillé et mon "patron" m'offrait 2 nuitées sur la petite île de Ko Samet, située à 2 h de bus et 1 heure de bateau de Bangkok. De petits bungalows, simples mais proprets, une plage sublime et quasi déserte, un village de pêcheurs, un unique petit restaurant local, j'étais aux anges! Je me suis jetée dans l'eau turquoise (29 degrés, donc fraîche après les 38 degrés à Bangkok...), me suis roulée dans les vagues puis ai savouré une spécialité thaïe dont les piments vous décapent d'un coup toute la tuyauterie. Pas de risque de tourista, les bactéries sont carrément napalmisées (et l'anus de même).
Mon séjour s'est transformé en enfer quand j'ai réalisé qu'un grain, un tout petit grain de sable s'était incrusté contre mon tympan, décidant de m'infliger une otite de derrière les fagots. J'avais une pharmacie de voyage: désinfectant, anti-diarrhéique, pommade contre les coups de soleil, anti-inflammatoires, effervescents contre les refroidissements, mais rien contre les infections auriculaires. Et si le seul petit magasin de l'île vendait quelques poissons, du piment bien sûr, de la bière Singha, du manioc, de la coriandre, du riz, pas le moindre médicament en vue à part quelque feuilles séchées d'une plante locale à consommer en décoction pour faire baisser la fièvreas.
La douleur intenable et le désespoir stimulent l'imagination: j'ai élaboré mon propre traitement: 4 comprimés d'anti-inflammatoire alliés à 3 décis de whisky Mékong (apparemment un mélange de pétrole et de soude caustique). Posologie: 2 comprimés avec le 1er décis, puis 1 comprimé par déci à siroter tranquillement pendant que le plus gros de la douleur s'atténue déjà légèrement et que je parvienne à nouveau à articuler 3 phrases au lieu de grogner comme un ours mal luné. Je n'articulais toutefois pas longtemps vu l'effet quasi atomique du whisky Mékong. La dernire goutte déglutie, je tentais de me souvenir de l'emplacement de mon bungalow, que je regagnais à 4 pattes le long de la plage en espérant ne pas être emporté par une vague un peu coquine. Puis je sombrais jusqu'à l'aube dans une semi coma où je percevais vaguement le grattement des rats de cocotier en train de s'attaquer à ma réserve de slips (ils adorent le pur coton pour leur nid, le saviez-vous) en me disant que l'absence (ou presque) de douleur pendant ces quelques heures valait bien la gueule de bois du lendemain...
mercredi 10 février 2010
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Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
RépondreSupprimer...eh bien, ça promet. Après lecture nous sommes, Santina et moi sur des charbons ardents,
RépondreSupprimerdans l'attente de ce qui va suivre. Nous avons en mémoire vos vacances en Floride. Bonne route
en Thailande.